#Gabon - Refusons les larmes et le sang

Chers frères et sœurs,

Chers compatriotes, 

C’est en tant que simple citoyen gabonais que j’adresse cette lettre à quiconque jugera bon de la lire et essaiera d’en comprendre la portée. 

Notre pays vit actuellement la fin d’un processus électoral particulièrement dense. Pendant plusieurs mois, nous avons parlé de cette élection. Pendant plusieurs mois, nous nous sommes affrontés, sur les plateaux télévisés, sur les réseaux sociaux, dans nos universités, dans nos quartiers. Ce 31 août 2016, le candidat Ali Bongo Ondimba a été donné vainqueur du scrutin par la Commission Electorale Nationale Autonome et Permanente. L’opposition conteste cette issue et demande un recomptage des suffrages exprimés. L’Union Européenne et les Etats-Unis d’Amérique quant à eux demandent que les résultats de ce scrutin soient communiqués par bureaux de votes. Sur cette base, tout indique que tant que les institutions nationales compétentes n’auront pas accepté de s’engager sur cette voie, il est peu probable que notre capitale retrouve la stabilité et la quiétude perdues quelques minutes après l’annonce officielle des résultats de l’élection du 27 août dernier. 

Depuis quelques heures, le spectacle auquel nous assistons dans les rues de Libreville se traduit par des violences de toutes sortes. Affrontements entre nos forces de sécurité et des civils, violences exercées par des civils sur d’autres civils, vandalisme exercé sur des commerces, des automobiles incendiés et j’en passe. Tout ceci participe à instaurer un climat d’insécurité que nous ne pouvons supporter. En tant que citoyens, nous ne pouvons assister passivement à ce qui à tous égards ressemble au début d’une crise qui durera longtemps si nous n’agissons pas avec raison. 

La raison, ce serait pour nous tous, considérant ce qui précède, de demander effectivement le recomptage des voix et la communication des résultats bureau de vote par bureau de vote. La raison, ce serait aussi de demander une concertation urgente de l’ensemble de la classe politique gabonaise en vue d’identifier les voies et moyens nécessaires à une sortie de crise qui ménagerait au mieux les intérêts élémentaires de chaque partie. C’est la seule voie par laquelle nous puissions pleinement œuvrer à limiter les dégâts que notre inaction engendrera fatalement. A ceux qui comme moi ont voté pour Ali Bongo Ondimba, je veux dire que nous ne devons craindre ce qui est demandé à ce jour par une partie de notre peuple ainsi que l’opinion internationale si nous avons confiance en notre victoire. Mais dans l’hypothèse où le recomptage des voix aboutirait à la proclamation d’une défaite électorale pour notre bord politique, nous devrons accepter ce résultat et apprendre à incarner une nouvelle opposition gabonaise. Sachons qu’il n’y a jamais de fatalité dans un choix politique bien mûri, et les plus valeureux sauront entendre cet argument. Nous avons des amis, des pères, des mères, des frères, des sœurs et des connaissances dans l’opposition. Certains d’entre eux auront décidé ou décideront de descendre dans la rue pour contester le verdict annoncé ce 31 août. Face à eux, les forces de sécurité et de défense joueront leur rôle de maintien de l’ordre et de défense de l’Etat. Nous ne pouvons rester passifs face à l’issue inévitable d’une telle confrontation, car nous pouvons tous aisément l’imaginer. Nous ne pouvons rester les bras croisés et espérer que tout cela se tasse avec le temps car c’est le sang et les larmes de compatriotes qui seront versés. Le prix du sang et des larmes c’est la haine et la rancune. Nous devons refuser d’assumer cet héritage qui rompt avec l’histoire du Gabon.  

Je m’adresse aux jeunes. A ceux qui ont battu campagne, chacun pour le candidat de son choix et à quelque niveau d’implication que se soit. Je m’adresse aux jeunes de la majorité au pouvoir et à ceux de l’opposition. Je m’adresse aux jeunes qui sont aujourd’hui dans la rue. Le Gabon nous appartient à tous. Nous sommes l’avenir de ce pays. La République Gabonaise exige de nous que nous désarmions les cœurs et que nous sachions reconnaître et défendre l’intérêt supérieur de la Nation. Le temps de la campagne est derrière nous. Nous devons défendre nos convictions en tous lieux et temps, mais nous devons les défendre dignement. Nous devons donc, aujourd’hui plus que jamais, éviter d’exciter les passions, de provoquer ceux de nos compatriotes qui ne partagent pas nos vues et nos engagements. 

Je crois dans notre jeunesse. 

Je crois dans le Gabon. 

Que les pères fondateurs de notre Nation, que nos ancêtres et que Dieu le Tout Puissant veillent sur nous tous et sur nos familles. 

 

 

Théophane Nzame-Biyoghe

 

Libreville, le 31 août 2016